Gouverner par les résultats : vers une nouvelle culture de performance dans l’administration congolaise proposée par Éric Kamba

De la dépense publique à l’impact citoyen : pourquoi la RDC a besoin d’un Baromètre national de performance des ministères fondé sur l’Indice Kamba de Performance Ministérielle (IKPM)

Par Éric Kamba

Pendant longtemps, l’évaluation de l’action publique en République démocratique du Congo s’est principalement concentrée sur le respect des procédures administratives et sur le niveau d’exécution des budgets. Pourtant, une question essentielle demeure souvent sans réponse : les ressources mobilisées par l’État améliorent-elles réellement les conditions de vie des citoyens ?

Dans les systèmes de gouvernance les plus performants, la qualité d’une institution ne se mesure plus uniquement à sa capacité à dépenser les crédits qui lui sont alloués. Elle se mesure surtout à son aptitude à produire des résultats tangibles, à atteindre les objectifs fixés et à générer un impact concret sur la population.

C’est dans cette perspective que s’inscrivent deux initiatives complémentaires : l’ouvrage consacré à l’analyse de la discipline budgétaire des institutions publiques congolaises entre 2020 et 2026, et la proposition de création d’un Baromètre National de Performance des Ministères reposant sur l’Indice Kamba de Performance Ministérielle (IKPM).

L’ambition de ces travaux est de contribuer à une transformation profonde de la gouvernance publique congolaise en introduisant une culture de responsabilité, de performance et d’évaluation permanente.

En effet, les dépassements budgétaires régulièrement observés dans certaines institutions ne constituent pas uniquement un problème financier. Ils soulèvent également une interrogation plus large concernant l’efficacité de la dépense publique. Un ministère qui consomme davantage que les crédits autorisés produit-il nécessairement de meilleurs résultats ? À l’inverse, une institution qui respecte rigoureusement son budget remplit-elle réellement sa mission au bénéfice de la population ?

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Ces interrogations démontrent les limites d’une approche exclusivement comptable de la gestion publique. La bonne gouvernance exige désormais de relier les ressources engagées aux résultats obtenus.

C’est précisément la vocation du Baromètre National de Performance des Ministères. Cet outil vise à fournir une évaluation régulière et objective de l’action gouvernementale à travers plusieurs critères mesurables, notamment la discipline budgétaire, le taux d’exécution des projets, la qualité de la gestion administrative, le respect des obligations de transparence, l’impact des politiques publiques et la satisfaction des usagers.

Au cœur de ce dispositif se trouve l’Indice Kamba de Performance Ministérielle (IKPM), conçu comme un instrument de mesure permettant d’apprécier de manière globale la performance des différents ministères. Son objectif n’est pas de sanctionner les institutions, mais d’encourager l’amélioration continue, d’identifier les bonnes pratiques et de promouvoir une saine émulation au sein de l’administration publique.

À travers cette approche, la RDC pourrait progressivement passer d’une logique centrée sur les moyens à une logique centrée sur les résultats. Une telle évolution renforcerait la transparence dans l’utilisation des ressources publiques, améliorerait la reddition des comptes et permettrait aux citoyens d’apprécier plus clairement la contribution réelle de chaque ministère au développement national.

Dans un contexte où les besoins sociaux demeurent considérables et où les ressources publiques restent limitées, chaque franc dépensé doit produire un impact mesurable. La question n’est plus seulement de savoir combien l’État dépense, mais surtout ce que ces dépenses apportent concrètement à la nation.

La mise en place d’un système national d’évaluation de la performance ministérielle constituerait ainsi une avancée majeure vers une administration plus efficace, plus responsable et davantage orientée vers les résultats. Elle contribuerait également à renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions publiques.

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La République démocratique du Congo dispose aujourd’hui de l’opportunité de franchir une nouvelle étape dans la modernisation de sa gouvernance. Après l’ère du contrôle budgétaire, il est peut-être temps d’entrer pleinement dans l’ère de la performance publique.

Éric Kamba

Analyse des politiques publiques

Directeur du Centre Africain de Diplomatie et d’Analyse Stratégique (CADA)

Initiateur du Baromètre National de Performance des Ministères de la République Démocratique du Congo (BNPM-RDC)

Kinshasa – Boston

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