« Au-delà du plaidoyer : CADA, un think tank stratégique pour la République démocratique du Congo »[Eric Kamba]

Quand la diplomatie citoyenne, la recherche stratégique et la puissance des idées deviennent des instruments de souveraineté nationale

Par Éric Kamba
Géostratège, analyste des relations internationales et chercheur en politiques publiques
Président de Congo Action pour la Diplomatie Agissante (CADA)

Depuis plusieurs décennies, la République démocratique du Congo fait face à une succession de crises qui dépassent largement le cadre militaire. Les conflits armés, les ingérences étrangères, les campagnes de désinformation, les pressions géopolitiques autour des ressources stratégiques, les batailles diplomatiques et les luttes d’influence montrent qu’au XXIᵉ siècle, la puissance d’un État ne se mesure plus uniquement à la taille de son armée ou à ses richesses naturelles.

Elle dépend également de sa capacité à produire des idées, à influencer les débats internationaux, à anticiper les évolutions géopolitiques, à construire des récits crédibles et à mobiliser l’ensemble de ses ressources humaines, y compris celles de sa diaspora.

C’est précisément dans cette perspective qu’est née Congo Action pour la Diplomatie Agissante (CADA).

Aujourd’hui, à l’heure où la République réfléchit à son avenir à travers un dialogue national, il est utile de rappeler que la reconstruction d’un État ne repose pas seulement sur les compromis politiques. Elle repose également sur l’intelligence stratégique.

Une vision née d’un constat

Lorsque CADA fut créée, un constat simple s’imposait.

Pendant longtemps, les Congolais ont considéré que la diplomatie relevait exclusivement du Gouvernement.

Cette conception correspondait à une époque où les relations internationales étaient essentiellement conduites par les États.

Mais le monde a changé.

Aujourd’hui, les décisions internationales se construisent autant dans les ministères des Affaires étrangères que dans les universités, les centres de recherche, les think tanks, les organisations internationales, les médias, les grandes entreprises, les organisations non gouvernementales et les réseaux de la diaspora.

Les guerres modernes ne se gagnent plus uniquement sur les champs de bataille.

Elles se gagnent également dans les salles de rédaction, les laboratoires d’idées, les universités, les réseaux sociaux, les enceintes diplomatiques et les espaces où se fabriquent les perceptions du monde.

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Comprendre cette transformation fut le point de départ de CADA.

Notre conviction était simple : la RDC devait elle aussi disposer d’une diplomatie citoyenne organisée, capable d’accompagner l’action officielle de l’État sans jamais s’y substituer.

Plus qu’une ONG : un laboratoire d’idées

Réduire CADA à une organisation de la société civile serait méconnaître sa vocation profonde.

Depuis son origine, CADA ambitionne de devenir un véritable think tank stratégique congolais, c’est-à-dire une institution consacrée à la recherche, à la réflexion prospective, à la formulation de politiques publiques et au renforcement de l’influence internationale de la République démocratique du Congo.

Les grandes démocraties s’appuient depuis longtemps sur des centres de réflexion capables d’éclairer les décideurs publics.

La Brookings Institution, le Council on Foreign Relations, le Center for Strategic and International Studies (CSIS), Chatham House, Carnegie Endowment ou encore l’IFRI en France jouent un rôle majeur dans l’élaboration des politiques publiques et de la stratégie internationale de leurs pays.

Le Congo mérite lui aussi des institutions capables de produire une pensée stratégique indépendante, rigoureuse et tournée vers l’intérêt national.

CADA entend contribuer à cette ambition.

Une expertise multidimensionnelle

La force de CADA réside dans son approche transversale.

Les défis auxquels fait face la RDC sont interdépendants.

La sécurité est liée à la diplomatie.

La diplomatie dépend de l’économie.

L’économie est influencée par la gouvernance.

La gouvernance repose sur des institutions crédibles.

Les institutions elles-mêmes sont affectées par les récits, les perceptions et la confiance des citoyens.

C’est pourquoi les travaux de CADA couvrent plusieurs domaines complémentaires.

Ils portent notamment sur la géopolitique des Grands Lacs, la diplomatie parallèle, les politiques publiques, les minerais critiques et stratégiques, la sécurité économique, la gouvernance publique, les relations internationales, la guerre cognitive, la diplomatie économique, la communication stratégique, la mobilisation de la diaspora, les conflits armés, les réformes institutionnelles ainsi que la prospective stratégique.

Cette approche globale constitue aujourd’hui l’une des principales richesses de l’organisation.

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De la réflexion à l’action

Un think tank ne se définit pas seulement par les idées qu’il produit.

Il se mesure également à sa capacité d’agir.

Depuis plusieurs années, CADA mène un travail permanent de recherche, de publication, de sensibilisation et de plaidoyer.

Ses analyses alimentent régulièrement le débat public sur les grandes questions nationales.

Qu’il s’agisse des minerais stratégiques, du dialogue national, de la réforme de la gouvernance, de la lutte contre les groupes armés, de la diplomatie citoyenne, de la guerre informationnelle ou de la souveraineté narrative, CADA s’efforce d’apporter des propositions concrètes plutôt que de simples critiques.

Cette démarche traduit une conviction profonde : servir la République consiste avant tout à produire des solutions.

Défendre les intérêts du Congo dans un monde de compétition

La concurrence internationale ne porte plus uniquement sur les territoires.

Elle porte désormais sur les technologies, les minerais critiques, les chaînes d’approvisionnement, les investissements, les normes internationales et les récits qui façonnent les décisions politiques.

La RDC, au cœur de ces enjeux, ne peut se contenter d’être observatrice.

Elle doit devenir actrice.

Cela suppose de renforcer non seulement sa diplomatie officielle, mais également toutes les formes de diplomatie d’influence.

La diaspora constitue à cet égard un atout stratégique considérable.

Présente dans les universités, les institutions internationales, les entreprises, les milieux scientifiques et politiques, elle représente un réseau d’influence que peu de pays africains exploitent pleinement.

CADA est née de cette conviction : chaque Congolais, où qu’il vive, peut contribuer au rayonnement de la République.

Produire des idées pour renforcer la souveraineté

La souveraineté ne se limite pas au contrôle du territoire.

Elle comprend également la capacité d’un État à produire ses propres analyses, ses propres doctrines et ses propres solutions.

Un pays qui importe systématiquement ses idées finit souvent par importer les priorités des autres.

Le Congo doit davantage penser le Congo.

Il doit développer ses propres écoles de réflexion, former davantage d’experts, soutenir la recherche stratégique et encourager les initiatives intellectuelles capables d’accompagner les politiques publiques.

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CADA souhaite participer à cet effort national.

Pourquoi CADA peut contribuer au dialogue national

L’organisation ne revendique aucun privilège.

Elle ne sollicite aucune représentation politique.

Elle estime simplement que les défis auxquels fait face la République exigent que les compétences disponibles soient pleinement mises à contribution.

Le dialogue national gagnerait à associer des chercheurs, des universitaires, des experts, des représentants de la diaspora, des spécialistes des politiques publiques et des organisations capables d’apporter une réflexion stratégique indépendante.

Les négociations politiques répondent aux urgences du moment.

Les think tanks préparent les solutions de demain.

Les deux approches sont complémentaires.

Une ambition pour les générations futures

L’histoire retiendra moins les discours que les institutions durables que notre génération aura su bâtir.

Notre ambition dépasse donc les circonstances actuelles.

Nous souhaitons contribuer à l’émergence d’une institution congolaise capable, dans les années à venir, de produire des recherches reconnues, d’éclairer les décideurs publics, de former une nouvelle génération d’analystes, de renforcer la diplomatie d’influence du Congo et de promouvoir les intérêts stratégiques de la République sur la scène internationale.

Tel est le sens de CADA.

Non pas une organisation de plus.

Mais un espace où les idées rencontrent l’action, où la recherche nourrit la décision publique et où la diplomatie devient l’affaire de tous les Congolais attachés à la souveraineté, à la paix et au développement de leur pays.

Car les nations qui façonnent l’avenir ne sont pas seulement celles qui possèdent des ressources. Elles sont avant tout celles qui produisent des idées, forment des stratèges et savent transformer leur intelligence collective en puissance nationale.

Éric Kamba
Géostratège, analyste des relations internationales et chercheur en politiques publiques
Président de Congo Action pour la Diplomatie Agissante (CADA)

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