Changement de la Constitution en RDC : la bataille sera bientôt lancée sur le terrain entre le C4 et le C64
Le débat sur le changement de la Constitution prend une nouvelle dimension en République démocratique du Congo. Longtemps limité aux déclarations politiques et aux échanges médiatiques, il évolue désormais vers une véritable confrontation politique entre deux camps clairement identifiés.
D’un côté, les partisans du changement regroupés autour du C4, la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution, et de l’autre, les opposants réunis au sein du C64 et de plusieurs forces politiques hostiles à toute révision constitutionnelle.
À Kinshasa comme dans plusieurs provinces, les discours se radicalisent et la bataille politique semble désormais prête à se déplacer sur le terrain populaire.
Dans le camp favorable au changement, plusieurs figures de la majorité et de l’Union sacrée défendent ouvertement l’idée d’une nouvelle Constitution. Augustin Kabuya, Président ai de l’UDPS, présente cette initiative comme une nécessité historique pour adapter les institutions congolaises aux réalités actuelles du pays. Selon lui, la Constitution actuelle comporte des faiblesses qui empêchent notamment une meilleure stabilité institutionnelle et une gouvernance efficace.
Autour de cette dynamique, Willy Bakonga multiplie également les sorties médiatiques en faveur de ce qu’il appelle « l’avènement de la 4ᵉ République ». Pour cet acteur politique, le changement constitutionnel dépasse les intérêts partisans et doit permettre de bâtir un État plus fort et plus souverain. Steve Mbikayi, lui aussi, soutient l’idée d’un débat national sans tabou sur les réformes institutionnelles, estimant que plusieurs dispositions actuelles méritent d’être revisitées au regard des défis sécuritaires, économiques et sociaux du pays.
Même tonalité chez Jean Thierry Monsenepwo, qui voit dans le C4 un cadre capable de « refonder le pacte national » sur des bases profondément congolaises. S’appuyant sur l’esprit de la Constitution issue de la Conférence Nationale Souveraine de 1992, il affirme que le peuple congolais doit reprendre le contrôle de son destin institutionnel sans pression extérieure ni influence étrangère.
Le C4 annonce d’ailleurs une vaste campagne de sensibilisation à travers les provinces afin de convaincre la population de soutenir cette démarche.
Face à eux, les opposants au changement de la Constitution affichent une fermeté tout aussi marquée. Martin Fayulu considère ce débat comme une diversion politique dans un contexte où le pays fait face à une crise sécuritaire persistante dans l’Est et à de fortes difficultés sociales. Pour le leader de l’ECiDé, les priorités actuelles doivent être la sécurité, l’amélioration des conditions de vie de la population et la consolidation du processus démocratique.
Delly Sesanga adopte également une position critique, dénonçant une tentative de fragilisation de l’ordre constitutionnel. Selon lui, les institutions de la République ne souffrent pas d’un problème de texte, mais plutôt d’un déficit de gouvernance et de respect des lois existantes. Dans la même logique, le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi rejette toute initiative de changement constitutionnel, estimant que cela pourrait créer des tensions inutiles et ouvrir une période d’incertitude politique.
De son côté, Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka, accuse les promoteurs du changement de la Constitution de chercher à préparer un projet politique caché derrière le discours des réformes. Pour lui, le peuple congolais ne doit pas être entraîné dans un débat susceptible de diviser davantage le pays au moment où l’unité nationale devrait primer.
À mesure que les prises de position se multiplient, la confrontation entre le C4 et le C64 prend des allures de pré-campagne nationale. Meetings, conférences, sensibilisations populaires et contre-mobilisations pourraient rapidement marquer les prochains mois.
Dans un climat politique déjà tendu, le débat sur l’avenir de la Constitution risque ainsi de devenir l’un des principaux fronts politiques de la RDC avant les prochaines grandes échéances nationales.
