« Contre les chimères fédéralistes : Pour un État unitaire consolidé et réformé en RDC »[57ème Tribune de l’Ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo]
I. Introduction : Un faux débat à dessein politique.
À intervalles réguliers, comme par mimétisme de circonstances ou par volonté dissimulée de balkanisation, la question du fédéralisme ressurgit dans le débat congolais. La dernière tentative est incarnée par Corneille Nangaa et ses affidés du bloc RDF-M23-AFC, avec en coulisses l’activisme politicien d’Olivier Kamitatu devenu robot communicant de l’axe Kigali et consorts. Leur plaidoirie pour une République Fédérale n’est pas le fruit d’une réflexion de gouvernance, mais le prolongement d’un agenda d’affaiblissement de l’État, de légitimation d’occupations armées et d’externalisation du pouvoir central vers des seigneuries ethno-politiques.
Il convient ici non pas de rejeter le fédéralisme de manière doctrinaire, mais de le déconstruire dans son instrumentalisation actuelle, en mettant en lumière les risques structurels qu’il pose dans un État post-conflit, encore vulnérable, comme la RDC.
II. L’histoire congolaise : une trajectoire unitaire contrariée, mais fondatrice.
L’architecture unitaire de la RDC ne résulte pas d’un accident juridique. Elle est la réponse historique aux élans sécessionnistes des années post-indépendance : le Katanga de Moïse Tshombe, le Sud-Kasaï d’Albert Kalonji, et dans une moindre mesure les revendications autonomistes de la province orientale. Ces crises ont conduit au morcellement territorial, à l’intervention militaire étrangère et à la perte de souveraineté de l’État central. Il fallut une cohorte de sacrifices, de diplomatie panafricaine et de réformes institutionnelles pour restaurer l’unité.
Tout fédéralisme proposé aujourd’hui en RDC ignore cette mémoire tragique et feint d’oublier que l’identité nationale congolaise, encore en construction, ne saurait résister à une fragmentation des allégeances. Dans un pays aux 450 ethnies, diviser l’État c’est réveiller des féodalités dormantes.
III. Le fédéralisme dans les États en crise : une solution souvent mortifère.
Il est impératif de ne pas sacraliser le fédéralisme comme solution miracle. L’histoire récente nous enseigne que dans des États hétérogènes, en situation de conflit ou de sortie de crise, le fédéralisme a souvent été un ferment de dislocation :
• La Bosnie-Herzégovine est aujourd’hui paralysée par un fédéralisme ethnique à deux entités (croate-bosniaque et serbe), devenu un système d’autoblocage institutionnel.
• L’Éthiopie a érigé le fédéralisme ethnique en modèle constitutionnel, mais cette structuration a accouché de conflits armés internes (notamment au Tigré) et d’un affaiblissement de l’autorité de l’État fédéral.
• La Somalie ou le Nigeria, malgré des systèmes fédéraux, restent confrontés à une fragmentation du pouvoir, une corruption régionalisée et des poches d’insécurité incontrôlables.
Dans chacun de ces cas, la volonté de répondre à des revendications identitaires ou régionales par un fédéralisme n’a fait que déplacer le problème, l’enracinant davantage.
IV. Les enjeux congolais : une centralisation rénovée plutôt qu’un fédéralisme dangereux.
Les dysfonctionnements de la RDC ne relèvent pas du système unitaire, mais de la mauvaise gouvernance que notre pays connaît depuis 1960 et qui tente aujourd’hui d’être endiguée via les réformes courageuses portées par le chef de l’état Félix Tshisekedi , du déficit de planification, de la politisation de l’administration et de la faible déconcentration des ressources. Ce n’est pas la forme de l’État qui pose problème, mais la manière dont il est animé.
L’alternative ne doit donc pas être une balkanisation déguisée, mais une réforme profonde de la gouvernance publique :
• Décentralisation effective des ressources vers les provinces ;
• Renforcement des mécanismes de contrôle citoyen au niveau local ;
• Création de pôles de développement régionaux interconnectés ;
• Promotion d’une administration de carrière, nationale mais territorialement déployée.
Ce projet de centralisation rénovée s’inscrit dans le respect de l’unité, tout en répondant aux besoins locaux. C’est cette voie qu’ont empruntée des pays comme le Maroc, avec succès, en restant unitaires.
V. Conclusion : Défendre l’unité, ce n’est pas nier la diversité.
Refuser le fédéralisme aujourd’hui ne signifie pas renier la diversité congolaise. C’est au contraire lui donner une structure stable, protectrice et inclusive. L’unité nationale n’est pas une négation des spécificités, mais leur mise en cohérence au service d’un projet commun.
Aux chantres du fédéralisme, nous opposons un modèle d’unité robuste, de réformes intelligentes, de décentralisation maîtrisée et de planification rigoureuse. Car ce pays, grand comme un continent, n’a pas besoin d’être divisé pour se développer, mais d’être gouverné autrement pour prospérer.
Jean Thierry Monsenepwo, Ambassadeur CICM
