RDC : « après un profond discernement, nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution » [Église Catholique]
Réunis en Assemblée Plénière extraordinaire à Kinshasa, du 18 au 20 juin 2026, les Evêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), se sont penchés sur la situation sécuritaire et sociopolitique préoccupante, en vue d’apporter leur contribution à la consolidation de la paix et de l’unité nationale en RD Congo.
En marge de ces assises, ces prélats catholique ont constaté que la Nation congolaise demeure toujours en guerre, malgré les Accords de paix signés. Depuis quatre ans, une partie du pays dans le Nord et le Sud-Kivu est contrôlée par l’AFC/M23 qui consolide de plus en plus son administration des territoires occupés.
Ces derniers notent que le combat continue avec son lot important de morts ainsi que des déplacés internes et des réfugiés vivant dans des conditions inhumaines. Des armées étrangères se sont installées chez en RDC. En Ituri et dans une partie du Nord Kivu, les groupes armés dont les ADF-Nalu sont en train de massacrer des milliers de nos compatriotes. Toujours à l’Est du pays, la maladie à virus Ebola fait des victimes avec le risque d’extension si elle n’est pas bien gérée.
L’intégralité du communiqué final
Message de l’Assemblée plénière extraordinaire des Evêques de la CENCO 18-20 juin 2026
- Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), nous sommes réunis en Assemblée Plénière extraordinaire à Kinshasa, du 18 au 20 juin 2026. Mais par notre sollicitude pastorale, nous nous sommes penchés sur la situation sécuritaire et sociopolitique préoccupante, en vue d’apporter notre contribution à la consolidation de la paix et de l’unité nationale en RD Congo.
Constats
- La Nation est en péril! Notre pays est toujours en guerre, malgré les Accords de paix signés. Depuis quatre ans, une partie du pays dans le Nord et le Sud-Kivu est contrôlée par l’AFC/M23 qui consolide de plus en plus son administration des territoires occupés. Le combat continue avec son lot important de morts ainsi que des déplacés internes et des réfugiés vivant dans des conditions inhumaines. Des armées étrangères se sont installées chez nous. En Ituri et dans une partie du Nord Kivu, les groupes armés dont les ADF-Nalu sont en train de massacrer des milliers de nos compatriotes. Toujours à l’Est du pays, la maladie à virus Ebola fait des victimes avec le risque d’extension si elle n’est pas bien gérée.
- Par ailleurs, le Gouvernement s’efforce à améliorer le social, notamment par la construction des routes, des écoles, des universités, des aéroports ainsi que des hôpitaux dans quelques provinces. Au-delà de ces avancées, sur le plan économique, la majorité de la population vit encore dans la misère.
Les projets sociaux initiés par le Gouvernement, notamment celui de Couverture Santé Universelle, le programme de développement local des 145 territoires (PDL-145 T), les projets à impacts visibles par le truchement de l’Église catholique, sont en souffrance.
- Pendant ce temps, nous observons, avec beaucoup d’inquiétude, une tension croissante née de la campagne de la Majorité au pouvoir en faveur du changement de la Constitution du 18 février 2006. Malheureusement, cette campagne, qui mobilise les moyens de l’État, se fait dans un climat de terreur contre des voix discordantes au sein même de la Majorité, obligées de se taire par peur des représailles. Quant aux manifestations de l’Opposition, elles sont violemment réprimées par la police nationale en collaboration avec une milice d’un parti politique dénommée « Force du progrès ».
Alerte
De la manipulation
- Certains tenants du changement de la Constitution du 18 février 2006 ne cachent plus leur principale motivation qui est d’offrir un autre cycle de mandats à l’actuel Président de la République. Ce qui serait une rupture du Pacte républicain, qui est un compromis politique historique, chèrement acquis après toutes les crises connues dans le pays depuis l’indépendance.
- En effet, une des conséquences de la loi fixant les conditions d’organisation du Référendum, votée sous prétexte de combler un vide juridique, serait de rendre possible un Référendum, qui permettrait de toucher, en violation de l’ordre constitutionnel, aux matières intangibles déjà verrouillées par l’article 220. Et pourtant cet article représente un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État.
Du danger du changement de la Constitution
- Nous pensons quant à nous que tout passage en force dans cette direction comporte des risques énormes dont la balkanisation du pays. Dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales, le déclenchement d’une autre guerre civile est à redouter.
- De tout ce qui précède, après un profond discernement, nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution. La priorité aujourd’hui en RD Congo c’est la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale.
- Aujourd’hui, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, notre pays fait face à une insécurité généralisée et à une désacralisation sans précédent de la vie humaine. On assiste à une montée vertigineuse des violences physiques et verbales, surtout dans les grandes villes. Cette situation inquiète toute personne soucieuse de l’avenir du pays; car ce sont les jeunes, manipulés et incorporés dans les groupes transformés en milices, qui sèment la terreur parmi les populations et imposent parfois les taxes indues, au vu et au su de tout le monde, sans être inquiétées, malgré les dispositions constitutionnelles (cf.art.190). Si nous n’y prenons garde, nous assisterons à des affrontements interurbains ou inter-ethniques que personne ne saura maîtriser.
De la maladie à virus Ebola
- Aussi, dans ce contexte d’agitation sociopolitique, qui risque de détourner notre attention des enjeux de notre société, ne perdons pas de vue que la maladie à virus Ebola est un danger pour tous. Il est important que chacun se comporte de façon responsable en respectant les gestes barrières. En présentant nos condoléances aux familles éprouvées, nous exprimons notre sollicitude paternelle et notre gratitude au personnel soignant et aux volontaires engagés dans la lutte contre cette épidémie, en collaboration avec le Gouvernement et les organisations internationales, tout comme celles locales, dont nous apprécions l’aide.
Recommandations
- Dès ses origines, la CENCO défend constamment le respect de l’ordre constitutionnel comme gage du maintien d’une paix durable.
BLAISE BAYOMBO
