« Thabo Mbeki ou la tentation permanente d’un paternalisme destructeur en RDC »[71ème Tribune de l’Ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo]
Depuis des décennies, la République Démocratique du Congo (RDC) est victime d’une double agression : militaire par des rébellions téléguidées de l’extérieur, et politique par des prétendus « sages » africains qui se présentent en arbitres alors qu’ils sont juges et parties. Parmi eux, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki occupe une place centrale. Loin d’incarner une autorité morale, il est devenu l’un des relais subtils de la déstabilisation de la RDC.
Mbeki n’a jamais respecté l’autorité légitime de Kinshasa. De l’Accord de Lusaka (1999) au Dialogue de Sun City (2002), il a façonné un processus où le Congo n’était pas souverain de ses choix, mais contraint par des agendas imposés. Ses récentes tentatives de ressusciter un dialogue en marge des institutions nationales participent de la même logique : affaiblir la légitimité de l’État congolais en érigeant des plateformes parallèles de négociation. C’est un schéma bien connu : neutraliser Kinshasa par des palabres interminables, pendant que l’Est saigne sous la mainmise des groupes armés.
Plus grave encore, Thabo Mbeki n’est pas un acteur neutre. De nombreux rapports internationaux et enquêtes économiques soulignent que des firmes sud-africaines, proches de ses réseaux d’affaires, sont implantées dans l’exploitation illicite des mines de Rutshuru et Rubaya, zones sous contrôle du M23 et de ses parrains rwandais.
En tolérant, voire en favorisant ces liaisons, Mbeki a lié sa carrière post-présidentielle aux flux opaques des minerais congolais. Derrière son vernis de diplomatie, c’est une économie souterraine qui se nourrit de l’instabilité congolaise, et dont il est l’un des facilitateurs.
Le peuple congolais ne doit pas se tromper : ce n’est pas un hasard si ses initiatives surgissent chaque fois que Kinshasa affirme sa souveraineté et resserre ses alliances stratégiques (États-Unis, UA, UE, Qatar).
Thabo Mbeki se positionne alors comme « médiateur » pour replacer le Congo dans un giron contrôlable, au bénéfice de multinationales prédatrices. C’est un recyclage du vieux discours panafricaniste, vidé de son sens, utilisé comme paravent pour justifier des compromissions économiques et politiques.
L’histoire est claire : aucun pays ne s’est développé par des dialogues imposés, mais par contre des dialogues choisis par ses institutions légales.
La RDC n’a pas besoin de la tutelle d’un ancien président en quête de pertinence internationale. Elle a besoin de paix, de sécurité et de partenaires qui respectent son droit souverain à décider de son avenir. Et pour l’heure le gouvernement a choisi Doha. Thabo Mbeki, par ses méthodes et ses accointances, ne fait pas partie de cette catégorie. Le gouvernement congolais a eu raison de rejeter ses manœuvres récentes.
Il appartient désormais aux Congolais de dénoncer avec force toute tentative de récupération de leur destin par des figures compromises même dans leurs propres pays.
Jean Thierry Monsenepwo, Ambassadeur et Communicateur de l’Union Sacrée.
