Changement de la Constitution : « Il est désormais permis de se demander si ce régime n’est pas en connivence avec les rebelles pour la balkanisation du Congo » [ Dr Mukwege]
Le docteur Denis Mukwege exprime sa profonde préoccupation via une correspondance publiée ce samedi 30 mai 2026, à propos du débat pour l’adoption de la loi sur le référendum à la chambre basse du Parlement de la République Démocratique du Congo (RDC).
Le Prix Nobel de la paix 2018 s’interroge sur légitimité que peut encore revendiquer un parlement qui s’obstine à débattre, comme d’une urgence nationale, sur le changement de la Constitution qui permettrait au Président de la République de briguer un troisième mandat, alors que le pays est ravagé par une épidémie meurtrière d’EBOLA.
« Quelle légitimité peut encore revendiquer un parlement qui s’obstine à débattre, comme d’une urgence nationale, sur le changement de la Constitution qui permettrait au Président de la République de briguer un troisième mandat auquel la constitution actuelle ne lui donne pas le droit, alors que notre pays est ravagé par une épidémie meurtrière d’EBOLA, que de larges pans de notre territoire national sont sous occupation étrangère dans l’Est; que les banques, les frontières et les aéroports sont fermés dans ces territoires occupés, 12 millions de notre population font face à la mort du fait de nos agresseurs et par la famine extrême », a écrit le docteur Denis Mukwege.
Et de renchérir :
« La seule raison de cet acharnement qui s’apparente à un cynisme froid, c’est que sous le régime actuel, les parlementaires reçoivent un salaire mirobolant, un achat des consciences, qui scandalise tout observateur sensé. Prolonger leur bien-être au détriment de la population devient un point fixe. Malheur à qui ne soutiendrait pas ce projet funeste pour le pays, bientôt il retrouvera la masse miséreuse. Dès lors, que la population crève, que le Congo se désagrège, rien et absolument rien n’émeut nos parlementaires », a-t-il dit.
Selon ce dernier, le scandale est que les élus du Nord, du Sud-Kivu, et de l’Ituri, dont l’actuel Président de l’Assemblée nationale lui-même, élu de Walungu, s’érigent en premiers remparts de cette aventure suicidaire, alors que leurs électeurs, n’ont plus accès à leurs champs, plus de liberté de faire leurs commerces pour subsister, et affrontent seuls, sans État, le virus.
Denis Mukwege rappelle que l’UDPS qui jadis était le flambeau de la résistance, devient aujourd’hui le maître d’œuvre d’une forfaiture qui risque de condamner le pays à sa disparition. À l’en croire, il est désormais permis de se demander si ce régime n’est pas en connivence avec les rebelles pour la balkanisation du Congo.
Ce gynécologue de formation termine en disant que c’est la survie de la République Démocratique du Congo qui est en jeu, tout en posant la question aux députés de l’Est s’ils auraient la légitimité de représenter une population vivant dans un territoire balkanisé ? après le référendum sans la participation de leurs électeurs.
BLAISE BAYOMBO
