RDC : « Pourquoi permettre aux filles enceintes de passer l’examen d’État est une décision juste, responsable et profondément humaine » Reflexion très pertinente de l’Ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo
🟦 Pourquoi permettre aux filles enceintes de passer l’examen d’État est une décision juste, responsable et profondément humaine.
La récente décision de l’État congolais d’autoriser les élèves enceintes à participer aux examens d’État suscite de vifs débats. Certains y voient une atteinte aux bonnes mœurs, d’autres un risque de banalisation des grossesses précoces. Pourtant, cette mesure mérite une lecture plus éclairée, fondée sur le droit, la justice sociale et l’équité de genre.
Les gens doivent retenir ceci :
L’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Constitution congolaise garantissent à tout enfant le droit à l’éducation sans discrimination. Une grossesse ne saurait être une cause d’exclusion. Ce serait de la double peine : une fois pour l’erreur ou la situation, et une seconde pour l’exclusion sociale.
Voici six raisons fondamentales pour lesquelles cette décision est non seulement légitime, mais nécessaire:
✅ 1. Le droit à l’éducation est inaliénable, même pour une fille enceinte.
La grossesse ne supprime ni la dignité ni le droit à l’éducation. Une élève enceinte reste une citoyenne protégée par la Constitution, par la loi sur la protection de l’enfant et par les engagements internationaux de la RDC.
L’empêcher de passer l’examen d’État serait une forme de discrimination institutionnelle, injustifiée sur le plan juridique comme sur le plan éthique.
✅ 2. Ce n’est pas une atteinte aux bonnes mœurs, mais un acte de maturité sociale.
Confondre la présence d’une fille enceinte dans une salle d’examen avec une “promotion de la débauche” relève d’un moralisme rigide et répressif. En réalité, permettre à ces filles de continuer leur scolarité, c’est montrer à la jeunesse que même une erreur ou une difficulté ne doit pas condamner toute une vie.
La société ne grandit pas en cachant ses problèmes sous le tapis, mais en les affrontant avec lucidité et compassion.
✅ 3. Empêcher une fille enceinte de passer l’examen n’a jamais empêché une autre de tomber enceinte.
L’idée selon laquelle autoriser les filles enceintes à poursuivre leurs études encouragerait les autres à faire de même est infondée. Les études dans plusieurs pays africains et latino-américains ont démontré que la réintégration scolaire des adolescentes enceintes n’a pas augmenté les cas de grossesse en milieu scolaire.
Ce qui dissuade, ce sont :
• les programmes d’éducation sexuelle adaptés,
• le dialogue familial et scolaire,
• et une culture de la responsabilité partagée, non la répression aveugle.
✅ 4. L’école doit rester un lieu de seconde chance, pas un instrument de bannissement social.
Une fille enceinte fait déjà face à :
• la stigmatisation,
• le rejet,
• les difficultés physiques et émotionnelles,
• parfois la pauvreté ou l’abandon familial.
L’exclure du système éducatif, c’est transformer une faute ou un accident de parcours en condamnation à vie. L’école doit être un refuge, pas une prison morale.
✅ 5. L’État a le devoir de construire une résilience, pas d’exclure.
Permettre à une fille enceinte de passer ses examens, ce n’est pas encourager la grossesse. C’est encourager la résilience, le courage, la volonté de rebondir.
Ces jeunes filles qui choisissent de continuer malgré la honte, la douleur et le regard des autres envoient un message d’espoir, pas de relâchement moral. C’est cela, le vrai témoignage pour les autres : on peut tomber et se relever.
✅ 6. Pourquoi seule la fille est-elle punie ? Où est le garçon responsable ?
C’est là l’injustice silencieuse et systémique de nos sociétés : la fille enceinte est exclue, pointée du doigt, culpabilisée. Et le garçon ? Il continue ses études comme si de rien n’était. Il n’est ni interrogé, ni responsabilisé, ni rappelé à l’ordre.
Ce deux poids deux mesures est l’une des formes les plus insidieuses de l’injustice de genre.
Si nous voulons réellement éduquer notre jeunesse, responsabilisons les deux parties, au lieu de punir seulement celle qui en porte les conséquences visibles.
