RDC : « Quand le silence de l’Église devient une faute morale »[Lettre ouverte de l’Ambassadeur PCA Jean Thierry Monsenepwo au Président de la CENCO]
Kinshasa, samedi 13 décembre 2025.
Quand le silence de l’Église devient une faute morale.
Votre Éminence,
L’Histoire des peuples enseigne une vérité implacable : lorsque l’injustice progresse, le silence des autorités morales devient une forme de complicité. C’est au nom de cette vérité que je m’adresse à vous aujourd’hui, sans détour, sans précaution excessive, et sans hypocrisie.
Alors que la ville d’Uvira subit une occupation attribuée à l’armée rwandaise, en violation flagrante du cessez-le-feu et des Accords de Washington, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo est restée muette. Ce mutisme, entériné à l’issue du Comité Permanent clôturé le 10 décembre, choque, scandalise et interroge profondément le peuple congolais.
Pourquoi la CENCO se tait-elle lorsque la RDC est agressée de l’extérieur ?
Pourquoi cette Église, si prompte à dénoncer les manquements supposés du Gouvernement congolais, devient soudainement aveugle et aphone face aux violations rwandaises ?
L’Église n’a pourtant jamais été appelée à la neutralité face au mal.
Dans l’Histoire récente, les Églises ont toujours su choisir le camp de la justice :
• En Afrique du Sud, l’archevêque Desmond Tutu, au nom de l’Église anglicane, n’a jamais invoqué une quelconque “neutralité” face à l’apartheid. Il a dénoncé, nommé, condamné. Il a affronté le pouvoir, au prix de menaces et d’isolement, parce que le silence aurait été une trahison de l’Évangile.
• En Pologne, l’Église catholique, sous l’impulsion du pape Jean-Paul II, a soutenu sans ambiguïté le peuple face à l’oppression du régime communiste. Elle n’a jamais demandé aux victimes de “dialoguer” avec leurs bourreaux sans justice préalable.
• En Amérique latine, des évêques comme Monseigneur Óscar Romero, assassiné pour avoir dénoncé la répression militaire au Salvador, ont payé de leur vie leur fidélité à la vérité.
• Même au niveau international, le Vatican n’a jamais hésité à condamner des guerres injustes, des occupations illégales, des violations du droit international, même lorsque les agresseurs étaient des puissances influentes.
Pourquoi ce courage historique disparaît-il lorsqu’il s’agit du Rwanda et de la RDC ?
Excellence, le peuple congolais ne demande pas à la CENCO de soutenir un régime, un parti ou un homme. Il lui demande de condamner une agression étrangère, de nommer le coupable, de se tenir du côté des victimes, comme l’Église l’a toujours fait ailleurs.
À défaut, une question devient inévitable :
Qu’est-ce qui lie aujourd’hui une partie de l’Église congolaise à Kigali pour justifier un tel silence ?
Car l’on ne peut pas, au nom de l’Évangile, dénoncer l’injustice quand elle est congolaise et la tolérer quand elle est rwandaise.
Le Christ n’a jamais prêché la paix du mensonge.
Il n’a jamais confondu réconciliation et capitulation.
Il n’a jamais demandé aux peuples agressés de se taire pour préserver un faux équilibre.
Aujourd’hui, l’Est du Congo saigne.
Les populations meurent, fuient, sont déplacées.
Et l’Église, qui devrait être leur refuge moral, hésite à parler.
Excellence, l’Histoire retiendra cette séquence.
Elle distinguera ceux qui ont parlé quand il le fallait,
de ceux qui ont choisi le confort du silence.
Le peuple congolais attend encore une parole claire.
Une parole courageuse.
Une parole prophétique.
Car il est écrit :
« Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal. »
