« RDC–Rwanda : Paix, accords et souveraineté, le Congo face à son devoir de vérité »[Éric Kamba, Géostratège et analyste en diplomatie informelle]
La paix à l’Est de la République démocratique du Congo n’est ni un slogan ni une posture morale : elle est une nécessité vitale, un impératif national et une aspiration profondément partagée. Aucun Congolais épris de justice et de stabilité ne saurait s’y opposer.
Mais cette quête, aussi légitime soit-elle, ne peut se construire ni sur l’effacement de la vérité, ni sur l’affaiblissement de la souveraineté nationale. Le Congo se trouve aujourd’hui à un carrefour décisif, là où la paix doit impérativement s’accorder avec la responsabilité historique.
L’annonce imminente d’un accord entre la RDC et le Rwanda, sous parrainage international, dépasse le simple cadre diplomatique. Elle engage l’autorité de l’État, la sécurité du territoire et la mémoire collective d’un peuple trop souvent trahi par des accords conclus sans lui.
À ce titre, cette annonce appelle une réflexion lucide, sereine et profondément patriotique.
Une question préalable et incontournable : où en est le retrait rwandais ?
Le Président de la République a été sans ambiguïté dans ses déclarations publiques :
aucun accord crédible ne peut être scellé sans le retrait effectif des troupes rwandaises du territoire congolais, sans respect strict de la souveraineté nationale et sans restauration de la confiance.
Or, à ce jour, la réalité impose un constat troublant : malgré les résolutions des Nations Unies et les engagements diplomatiques répétés, les forces rwandaises et leurs supplétifs demeurent présents sur le sol congolais.
La question est donc légitime, responsable et inévitable :
comment valider des accords définitifs alors que les conditions politiques et sécuritaires annoncées ne sont pas encore réunies ?
Poser cette question n’est pas contester l’autorité de l’État ; c’est exiger la cohérence entre la parole publique et les faits.
Le danger d’un conflit réécrit au détriment du Congo
Un phénomène inquiétant s’installe progressivement dans le discours diplomatique international : le conflit à l’Est du Congo tend à être présenté comme une crise interne, un affrontement entre Congolais, reléguant au second plan la responsabilité directe du Rwanda.
Ce glissement de narratif n’est ni neutre ni anodin. Il vise à :
• diluer la réalité de l’agression,
• affaiblir la position juridique et morale de la RDC,
• et préparer l’opinion à des concessions que rien ne justifie.
Accepter cette relecture, c’est accepter que le Congo soit simultanément victime, accusé et contraint de céder.
La transparence : non négociable en démocratie
Dans un tel contexte, la transparence n’est ni un luxe, ni une concession politique. Elle est une obligation démocratique et stratégique.
Le peuple congolais a le droit fondamental de connaître, avant toute signature définitive, le contenu exact de tout accord engageant la sécurité, les ressources naturelles et l’intégrité territoriale du pays.
Contrairement à une idée répandue, la transparence ne fragilise pas l’État : elle le protège.
Au Congo, le secret entourant des accords structurants s’est souvent révélé le prélude à des désillusions nationales et à des crises prolongées.
Le spectre d’un démembrement déguisé
Il serait irresponsable d’ignorer les discours qui émergent, y compris en interne, appelant à une recomposition territoriale sous couvert de “fédéralisme”.
Dans les circonstances actuelles, ces propositions ne relèvent pas d’une réforme administrative honnête, mais d’une tentative de fragmentation politique, facilitant le contrôle extérieur des zones riches en minerais, particulièrement à l’Est.
La souveraineté du Congo ne se négocie pas par zones. Elle est une et indivisible.
Le choix des hommes, déterminant stratégique
Les accords internationaux, la sécurité nationale et l’intégration régionale exigent compétence, expérience et intégrité. Sur des dossiers aussi sensibles, le Chef de l’État ne peut s’entourer de profils fragiles, insuffisamment aguerris ou perméables aux pressions extérieures.
La République démocratique du Congo dispose pourtant d’un capital humain solide : des experts, diplomates et stratèges capables d’accompagner l’action présidentielle avec rigueur et discernement. Les marginaliser constituerait une erreur stratégique aux conséquences durables.
Au regard des expériences passées, une inquiétude persiste légitimement dans l’opinion nationale. Les précédents cycles de négociations ont souvent donné l’impression que la partie congolaise avait consenti des concessions excessives, parfois au point de susciter le soupçon d’infiltrations ou de compromissions.
Sans verser dans l’accusation gratuite, il est légitime de s’interroger sur d’éventuelles failles ayant affaibli la position congolaise. Le peuple congolais ne souhaite en aucun cas voir de tels scénarios se répéter. Il attend des garanties claires que chaque mot, chaque clause et chaque formulation de l’accord n’a fait l’objet d’aucune substitution défavorable, et que le texte appelé à être signé sert pleinement les intérêts de la République démocratique du Congo — État agressé, mais aussi nation stratégiquement convoitée pour l’ampleur de ses richesses naturelles.
Une vigilance au-delà des clivages politiques
L’appel lancé par Martin Fayulu en faveur de la publication du projet d’accord et de l’information préalable du peuple s’inscrit dans une logique plus large : celle d’une vigilance nationale transpartisane.
Sur les questions de souveraineté, il n’existe ni majorité ni opposition : il n’existe que le Congo.
Informer le peuple n’est pas céder à la pression. C’est gouverner avec maturité et responsabilité.
Mettre les engagements à l’épreuve du réel
Monsieur le Président, vos paroles ont créé des attentes légitimes.
Les Congolais ne réclament ni confrontation, ni obstruction. Ils demandent simplement que :
• les engagements annoncés soient respectés,
• les accords engageant la Nation soient rendus publics,
• et que jamais la paix ne serve de prétexte à l’abandon de la souveraineté.
Publier le texte final avant toute validation définitive serait un acte de force républicaine, non de faiblesse politique.
Conclusion
La paix est une finalité.
Mais une paix négociée dans l’opacité fragilise l’État,
une paix sans retrait de l’agresseur demeure précaire,
et une paix imposée au silence du peuple est une illusion.
Aujourd’hui, exiger la vérité n’est pas un acte d’opposition.
C’est un devoir envers la République, la mémoire collective et les générations futures.
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Éric Kamba
Géostratège et analyste politique. Auteur de : Le Modèle Dubaï : une stratégie de reconstruction pour un Congo moderne ; Cinq Mandats, Cinq Visions ; Le Pouvoir Caché de la Diplomatie Informelle
