SOCODA : la transparence en marche, les intérêts menacés ripostent
La récente distribution des droits d’auteur par Société Congolaise des Droits d’Auteur et des Droits Voisins (SOCODA) devait marquer un tournant historique, un retour de confiance pour les artistes. Et pourtant, cette avancée saluée par beaucoup suscite déjà des remises en question internes.
Une sortie médiatique inattendue, venues d’un membre clef de l’institution, ravive les vieux démons de la division et du sabotage.
La transparence enfin, et la colère en retour
Après des années marquées par des dysfonctionnements, des conflits internes et un fort déficit de crédibilité, SOCODA a entamé un chantier de redressement dès 2023. Avec l’élection d’un nouveau comité de gestion, le recouvrement des redevances, la redistribution des droits, le nettoyage des comptes et la mise en place d’une gouvernance plus rigoureuse, les premiers résultats tangibles sont apparus.
En juin 2024, 206 auteurs compositeurs avaient bénéficié du paiement de leurs droits, un signal fort que l’organisation reprenait son rôle historique.
Ce qui étonne, ce n’est pas la contestation, c’est son timing. Il survient précisément après une distribution saluée, après que des centaines d’artistes ont recouvré leurs droits, et alors que SOCODA amorce sérieusement sa crédibilité.
Qui profite du chaos ? Ceux dont les intérêts se nourrissaient de l’opacité, de la dissimulation, de la gestion opaque des redevances. Ces mêmes personnes semblent aujourd’hui vouloir saboter la nouvelle dynamique, sans autre but que de préserver leurs privilèges dissimulés.
On peut se demander si cette sortie n’est pas motivée par une frustration personnelle, ou pire : une instrumentalisation politique. Plusieurs indices laissent penser qu’il s’agit moins de défendre la coopérative que d’exploiter sa position à des fins extérieures.
Pourquoi la SOCODA ne doit pas reculer
La mission de SOCODA est essentielle : percevoir, protéger, répartir les droits d’auteurs conformément à la loi. En RDC, la loi sur le droit d’auteur (ordonnance‑loi 86‑033) affirme que les auteurs conservent leurs droits initiaux, et que toute exploitation de leurs œuvres doit passer par une autorisation formelle accordée par la SOCODA.
Ce retour de l’espoir n’est pas passé inaperçu. Mais pour certains au sein de l’institution, ceux qui s’accommodaient du chaos ou profitaient de l’opacité, ces évolutions représentent une menace.
Une sortie déroutante et anticonstitutionnelle
C’est dans ce contexte qu’intervient la prise de parole de Alex Dende alias « Lexxus Légal », président du Conseil de surveillance de SOCODA. Une sortie publique brutale, en dehors de tout cadre institutionnel, qui soulève de nombreuses interrogations.
Or l’article 72 des statuts de SOCODA prévoit clairement la procédure à suivre en cas de différend : d’abord un traitement interne par le Conseil de surveillance, puis le Conseil d’administration, et enfin, si besoin, l’Assemblée générale ou la voie judiciaire.
En contournant ces étapes, Alex Dende a non seulement ignoré les textes, mais semble avoir outrepassé les règles d’éthique et de gouvernance qu’il est censé défendre.
De plus, plusieurs membres du Conseil ont affirmé n’avoir jamais été consultés. Cette sortie solitaire apparaît dès lors moins comme une alerte raisonnée qu’une manœuvre politique et destructive.
Le masque tombe pour de vieux réflexes opportunistes
Plus important encore : une gestion transparente des droits d’auteur n’est pas seulement un enjeu institutionnel, c’est un levier économique et social. Elle valorise le travail des créateurs, stimule la création artistique, renforce l’industrie culturelle, et redonne dignité et stabilité aux artistes longtemps marginalisés.
Cette renaissance, certains voudraient l’étouffer. Mais la culture congolaise ne peut plus se permettre de reculer : les artistes, les créateurs, ont trop longtemps été spoliés, ignorés, humiliés. Aujourd’hui, la SOCODA offre enfin un espoir concret de justice, de respect et de reconnaissance.
Aujourd’hui, la Socoda est à un tournant historique. L’élan de réforme enclenché n’est pas parfait, mais il est réel, palpable, et porteur d’espoir. Face aux résistances, elle doit rester ferme, fidèle à sa mission de justice pour les créateurs. Car au-delà des querelles internes, c’est toute une génération d’artistes qui attend qu’enfin, leur droit soit respecté. Et cette fois, le retour en arrière n’est plus une option.
