Troisième mandat : « Les adversaires du Président Tshisekedi ne devraient pas être traumatisés par une simple prise de position » [ Jonas Tshiombela]

Le coordonnateur de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC), Jonas Tshiombela, explique que le débat autour de la Constitution revient régulièrement comme un volcan politique prêt à entrer en éruption. La récente déclaration du Président de la République, Félix Tshisekedi, affirmant qu’il n’a pas sollicité un troisième mandat mais qu’il l’accepterait si le peuple le demandait, a immédiatement provoqué une vague de réactions passionnelles, parfois excessives, dans la classe politique et l’opinion publique.

Pourtant, au-delà des émotions, des calculs politiciens et des procès d’intention, une vérité démocratique fondamentale mérite d’être rappelée : dans une République, aucun débat d’intérêt national ne devrait être interdit.

La Constitution actuelle de la RDC fixe clairement la limitation des mandats présidentiels. Cela est un fait juridique incontestable. Mais une autre vérité tout aussi importante existe : aucune Constitution n’est éternelle ni sacrée au point d’être soustraite au débat populaire. Une Constitution est une œuvre humaine conçue pour répondre à un contexte historique donné. Lorsqu’un peuple estime que certaines dispositions doivent être adaptées à de nouvelles réalités, il a le droit souverain d’en débattre dans le respect des procédures démocratiques.

C’est précisément ici que la déclaration du Chef de l’État prend toute son importance politique : elle ouvre le débat sur l’opportunité d’un dialogue national sérieux autour des réformes institutionnelles et constitutionnelles dont le Congo a peut-être besoin aujourd’hui.

Depuis plusieurs années, notre pays traverse des crises répétitives : contestations électorales, instabilité institutionnelle, conflits armés persistants, faiblesse de l’État, corruption systémique, instrumentalisation de la justice, fragmentation politique et crise de confiance entre gouvernants et gouvernés. Face à cette réalité, beaucoup de Congolais s’interrogent : notre architecture institutionnelle actuelle répond-elle encore efficacement aux défis du moment ? Poser cette question n’est pas un crime. Y répondre par le dialogue n’est pas une trahison. Ce qui serait dangereux pour la République, ce n’est pas le débat. Ce qui serait dangereux, ce serait le refus du débat, la fermeture politique, les intimidations réciproques et la confiscation de la parole citoyenne.

Lire aussi  RDC: « Une propédeutique géopolitique vous aurait épargné cette concaténation tendancieuse »(Réplique de Thierry Monsenepwo contre l'Ambassadeur Barnabé Kikaya)

Les adversaires politiques du Président Tshisekedi ne devraient donc pas être traumatisés par une simple prise de position politique. Dans une démocratie, Félix Tshisekedi reste avant tout un citoyen congolais ayant le droit d’exprimer son opinion sur une question d’intérêt national. La démocratie ne peut pas être à géométrie variable : on ne peut pas réclamer la liberté d’expression pour l’opposition et la refuser au Chef de l’État. Le vrai enjeu n’est donc pas la peur d’un homme. Le vrai enjeu est la capacité du peuple congolais à organiser un débat mature, républicain et pacifique sur l’avenir de ses institutions.

Si demain un consensus national venait à émerger dans le cadre d’une révision partielle ou totale de la Constitution, conformément aux mécanismes légaux et démocratiques, alors un nouveau cadre juridique pourrait naître. Dans ce cas, les compteurs politiques pourraient être remis à zéro et tous les citoyens remplissant les conditions légales qu’il s’agisse de Joseph Kabila, de Félix Tshisekedi ou d’autres acteurs pourraient prétendre à nouveau à la magistrature suprême.

Une vérité juridique et politique révélée par cet acteur de la société civile, que beaucoup refusent d’assumer publiquement. Il précise que : toute réforme constitutionnelle doit impérativement être portée par l’intérêt supérieur de la Nation et non par des intérêts individuels ou des calculs de conservation du pouvoir. Une réforme imposée contre le peuple deviendrait une source de tensions et d’instabilité. Une réforme construite par le dialogue, le consensus et la souveraineté populaire pourrait au contraire renforcer durablement la République.

Jonas Tshiombela souligne que le peuple congolais mérite mieux que les querelles stériles des élites politiques. Pendant que certains se déchirent sur 2028, la population continue de souffrir : insécurité dans l’Est, chômage massif des jeunes, pauvreté, pénurie d’électricité, crise de l’eau, corruption, routes impraticables et effondrement des services sociaux de base. La priorité devrait être de construire un Congo plus juste, plus stable et plus prospère.

Lire aussi  Rebondissement du Dossier Bukanga-Lonzo : Matata Ponyo retire sa confiance à Bahati Lukwebo

Il termine en évoquant la sagesse africaine qui stipule : « Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre. » pour ce dernier, le peuple congolais ne doit plus être cette herbe sacrifiée aux ambitions des uns et aux peurs des autres. À l’en croire, l’heure est venue de remplacer les passions par la raison, les insultes par le dialogue et les menaces par le débat démocratique. Car au final, dans une République véritable, ce n’est ni l’opposition, ni le pouvoir, ni la rue qui décide seule mais plutôt le souverain primaire.

BLAISE BAYOMBO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *