« De l’Est au Conseil de Sécurité : la Révolution Diplomatique de Félix Tshisekedi »[66e Tribune de l’Ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo]
Loin du brouhaha populiste et des tribunes enflammées, la diplomatie se déploie souvent dans l’ombre. Elle repose sur des rapports de force subtils, des réseaux de solidarité construits dans le temps, et surtout, une vision stratégique claire. Depuis 2019, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a entrepris, souvent contre vents et marées, de redéfinir les fondamentaux de la diplomatie congolaise, longtemps cantonnée à un rôle réactif, effacé, voire complice de l’isolement du pays.
I. D’un État victime à un acteur régional audible.
La République Démocratique du Congo, pourtant deuxième pays le plus vaste du continent et riche de ressources colossales, a longtemps souffert d’une marginalisation diplomatique sur la scène internationale. Son discours était brouillé, incohérent, parfois contre-productif, alors même que des tragédies humaines se déroulaient sur son sol notamment dans l’Est, où le pillage des minerais alimente une guerre par procuration depuis plus de deux décennies.
C’est dans ce contexte d’héritage lourd que le Président Tshisekedi a initié une rupture stratégique. Très tôt, il choisit de s’attaquer à l’invisibilité diplomatique de la RDC. La clé : replacer le Congo comme acteur crédible et victime audible, en recadrant le discours national, en réengageant les partenaires africains, et en occupant les espaces de médiation.
La situation actuelle dans l’Est de la RDC, marquée par l’agression manifeste du Rwanda via le M23, est un test grandeur nature de cette diplomatie. Alors que le narratif rwandais a longtemps dominé les forums internationaux, Tshisekedi a méthodiquement inversé la vapeur.
• Au sein de la sous région, il a repositionné la RDC en victime légitime, réclamant non seulement la condamnation formelle de l’agression mais aussi une implication accrue des États membres dans la désescalade.
• Au niveau de la SADC, il a renforcé la coopération sécuritaire avec l’Afrique australe, en misant sur la présence militaire de pays tels que l’Afrique du Sud ou la Tanzanie.
• Dans les enceintes de l’Union africaine et européenne, il a dénoncé avec constance les ingérences étrangères tout en rappelant que la souveraineté des États africains est une ligne rouge que l’histoire jugera sévèrement.
Résultat : le 7 juin 2025, le Rwanda est contraint de quitter la CEEAC, humilié diplomatiquement après avoir été désigné de facto comme agresseur, alors même qu’il sollicitait la présidence tournante. Ce départ, sans précédent, est une victoire géopolitique que peu de Congolais mesurent encore à sa juste valeur.
II. Une diplomatie d’influence : le retour de la RDC au Conseil de sécurité.
L’autre jalon majeur de cette révolution diplomatique est sans nul doute l’élection de la RDC comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2026-2027. Il s’agit d’une première depuis 1992. Cette victoire, fruit d’un long lobbying orchestré par Kinshasa auprès des États membres, n’est pas un simple événement symbolique : c’est une reconfiguration du rapport de force diplomatique en faveur de la RDC.
Pourquoi est-ce important ?
Parce que cela signifie que la RDC aura voix délibérative sur les questions de paix et de sécurité internationales, y compris celles qui la concernent directement. Cela signifie également que Tshisekedi peut porter les causes africaines – notamment la réforme du Conseil de sécurité et l’intégration permanente d’un siège africain – à partir d’une position de force.
Mais surtout, cela permet de neutraliser diplomatiquement certains relais du Rwanda au sein du système onusien, et de garantir que les résolutions ou les rapports à venir sur la situation à l’Est soient équilibrés, fondés sur les faits et non dictés par la manipulation.
III. Une politique étrangère africaine crédible.
Félix Tshisekedi n’est pas seulement le président de la RDC : il est devenu un leader africain influent, et l’un des rares à avoir fait le pari d’une diplomatie au service de la souveraineté africaine.
• En 2021, lors de sa présidence de l’Union africaine, il a joué un rôle d’équilibriste dans le conflit entre l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte autour du barrage GERD, appelant à un dialogue africain, loin des injonctions extérieures.
• En 2023, il a accompagné discrètement mais efficacement la transition institutionnelle au Tchad, évitant au pays une implosion post-Déby.
• Il s’est également engagé dans les dossiers climatiques, miniers et numériques africains, faisant de la RDC une plateforme d’échange entre l’Afrique centrale et le monde.
IV. Une diplomatie ancrée dans la doctrine du “Congo d’abord”.
La constance du Président Tshisekedi repose sur une vision claire : le Congo d’abord, mais jamais contre l’Afrique. Il ne s’agit pas d’un repli souverainiste, mais d’une affirmation de l’intérêt national dans un cadre panafricain rénové.
La révolution diplomatique congolaise n’est donc pas conjoncturelle. Elle est doctrinale. Elle repose sur quatre piliers :
1. L’affirmation de la souveraineté territoriale et économique ;
2. La création d’alliances africaines solides fondées sur des intérêts mutuels, non sur des rapports de dépendance ;
3. La reconquête des espaces décisionnels multilatéraux (UA, ONU, Francophonie, etc.) ;
4. La neutralisation des lobbies et récits hostiles à la RDC dans les cercles internationaux.
En sommes toutes , un moment charnière pour la RDC. L’histoire retiendra peut-être que c’est en juin 2025 que le Congo a définitivement inversé la tendance de son effacement diplomatique. Face à une agression multiforme, la réponse n’a pas été seulement militaire ou sécuritaire, mais aussi stratégique et intellectuelle.
Félix Tshisekedi a redonné au Congo une voix, une posture, et un levier. Il a compris que la paix durable ne se construit pas que sur le terrain, mais aussi dans les couloirs feutrés des institutions internationales. C’est cette nouvelle diplomatie, offensive mais responsable, qui protège aujourd’hui notre État et porte les espoirs d’un continent tout entier.
Ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo, Communicateur de l’Union Sacrée de la Nation
