Tribune : « L’illusion de la victoire par la ruine :Pourquoi les guerres modernes sont à somme nulle ? »[Goodlive Mbile]

Par Goodlive Mbile Bokungu
Entrepreneur, économiste et analyste géopolitique. (Candidat malheureux aux législatives nationale de Kinshasa-Lukunga).

De l’Est de la République Démocratique du Congo aux plaines de l’Ukraine, jusqu’aux embrasements du Moyen-Orient entre Washington et Téhéran, le monde contemporain semble enfermé dans une logique d’affrontement permanent. Les chancelleries et les états-majors continuent d’appliquer des grilles de lecture héritées des siècles passés, persuadés qu’une victoire militaire ou une domination économique sur un rival constitue un gain net pour leur propre nation. Pourtant, la réalité matérielle, écologique et financière du XXIe siècle démontre exactement l’inverse : dans un monde interconnecté et aux ressources finies, la rivalité à outrance ne produit aucun vainqueur. La géopolitique actuelle répond à une équation impitoyable où -1 + 1 = 0, quand elle ne bascule pas dans un résultat négatif.

La tragédie congolaise : La prédation comme guerre économique

L’illustration la plus tragique de cette illusion comptable se déroule dans l’est de la République Démocratique du Congo. Depuis trois décennies, la guerre d’agression et de déstabilisation menée sous le couvert de rébellions téléguidées, notamment par le Rwanda, vise l’accaparement des ressources minières stratégiques coltan, cobalt, or. L’Agresseur pense
appliquer une logique à somme positive pour ses propres comptes : s’approprier la richesse du voisin pour financer sa croissance et consolider son positionnement international.

Mais quel est le bilan réel à l’échelle de la région et du monde ? Pour quelques milliards de dollars de minerais bradés sur le marché noir, la région des Grands Lacs accumule des
centaines de milliards de dollars de destructions matérielles, d’opportunités industrielles manquées et d’instabilité systémique. Des millions de vies humaines sont brisées, des
écosystèmes forestiers uniques dans le bassin du Congo sont dévastés, et le potentiel économique de tout un bloc régional est bloqué. Ce que l’un croit gagner est infiniment inférieur à ce que l’ensemble de la collectivité perd. En calculant le coût réel de l’insécurité, de la fuite des capitaux et de la destruction des infrastructures, l’équation s’impose : -1 + 1 = $. La stratégie de prédation détruit de la valeur globale au lieu d’en créer.

Lire aussi  Exclusif: « la non intégration du Grand Kivu dans le circuit économique est à la base de tous les problèmes de cette partie de la RDC »[Prof. Jean de Dieu MINENGU]

Du Donbass au Golfe Persique : Le piège de l’attrition globale

Ce schéma d’autodestruction ne s’arrête pas aux frontières africaines. L’invasion de l’Ukraine par la Russie procède de la même cécité stratégique. Moscou pensait sécuriser une zone
d’influence et accroître sa puissance territoriale. Deux ans plus tard, le coût économique des sanctions, la rupture des chaînes d’approvisionnement énergétiques et alimentaires, le
réarmement massif de l’Europe et l’hécatombe humaine ont affaibli l’économie globale. La Russie s’isole, l’Europe s’appauvrit en payant son énergie plus cher, et les pays du Sud global subissent les contrecoups de l’inflation céréalière. Personne n’a gagné.

Au Moyen-Orient, l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran offre une démonstration similaire. Chaque frappe de représailles, chaque blocus dans le détroit d’Ormuz et chaque
perturbation des voies maritimes mondiales se traduisent par une hausse du baril de pétrole, un renchérissement du fret et une instabilité financière internationale. Les budgets consacrés à
la défense et au déploiement de porte-avions se comptent en centaines de milliards de dollars des ressources directement soustraites à la transition énergétique, à l’innovation civile ou à la lutte contre la pauvreté. Là encore, la volonté de neutraliser un adversaire produit une perte sèche pour l’économie mondiale.

La Théorie des Jeux et l’absurdité du piège stratégique

Comment expliquer que des nations rationnelles s’enferment dans des comportements aussi irrationnels ? La réponse réside dans une mauvaise interprétation de la Théorie des Jeux et de la souveraineté. En cherchant à maximiser leurs gains individuels à court terme sans tenir compte des externalités négatives sur l’environnement et l’économie globale, les États tombent dans la forme la plus stricte du Dilemme du Prisonnier.

Lire aussi  Exclusif : Thierry Monsenepwo Fait Très Mal à Corneille Nangaa et sa Bande.

Dans un monde où le système climatique et les réseaux économiques sont totalement imbriqués, la guerre économique et la guerre conventionnelle ne sont plus des instruments de
puissance efficaces. Elles sont des accélérateurs de ruine. Détruire l’appareil productif, les infrastructures ou la stabilité politique d’un État rival, c’est dégrader le capital global de
l’humanité. Lorsque deux nations s’affrontent, la somme de leurs forces ne s’additionne pas (1+1 = 2) ; elle s’annule dans la destruction mutuelle (-1 + 1 = 0).

Réinventer la souveraineté : Présentation de l’ouvrage Le Gâchis de l’Oasis


Face à ce constat d’impasse systémique, il devient urgent de changer de paradigme géopolitique et économique. C’est précisément l’objet de mon nouvel ouvrage à paraître,
intitulé LE GÂCHIS DE L’OASIS : Pourquoi la guerre économique détruit le seul foyer de l’humanité.

S’appuyant sur l’image saisissante du Point bleu pâle rendue célèbre par l’astronome Carl Sagan — rappelant que la Terre est notre unique refuge dans l’immensité cosmique —, ce
livre analyse les mécanismes profonds qui conduisent nos nations à détruire leur propre habitat par la rivalité matérielle.

De l’analyse des conflits d’Afrique centrale aux tensions intercontinentales, l’ouvrage démontre l’absurdité des modèles d’extraction violente et propose une alternative
institutionnelle concrète : l’AMRSC (Autorité de Médiation et de Régulation de la Souveraineté et des Conflits). Inspirée de réussites historiques d’intégration et d’arbitrage (comme la CECA en Europe ou l’OMVS en Afrique de l’Ouest), cette structure vise à transformer les rivalités destructrices en partenariats à somme positive, où la souveraineté des
peuples est garantie par la coopération et la préservation commune des ressources stratégiques.

Lire aussi  30 juin : « Ne restons pas spectateurs des injustices et des défis auxquels nous faisons face »(Message de Nickson Nshombo, DG de HOPE AFRICA pour les 64 ans de l'Indépendance de la RDC)

Il est temps de comprendre que la véritable sécurité ne naîtra jamais de la ruine du voisin. La préservation de notre « oasis » commune exige d’abandonner l’illusion des victoires militaires
pour embrasser la seule équation pérenne : celle qui fait de la coopération internationale un multiplicateur de prospérité.

Le livre « LE GÂCHIS DE L’OASIS : Pourquoi la guerre économique détruit le seul foyer de l’humanité » par Goodlive Mbile Bokungu sera prochainement disponible en version
numérique et papier sur les principales plateformes internationales de distribution (Amazon
KDP, Scribd)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *