« Dans le Nord Kivu, le M23 avec appui du Rwanda s’en prennent aux : Nande, Hunde, Nyanga, Hutu, Tutsi, Shi, Tembo, Kumu, et Batwa, dans le silence total »[70ème Tribune de l’Ambassadeur Thierry Monsenepwo]
La République Démocratique du Congo vit, depuis des décennies, une tragédie qui ne dit pas son nom. Mais ce qui se déroule aujourd’hui dans le Nord-Kivu dépasse l’entendement : des populations entières — Swahiliphones, Nande, Shi, Hutu — sont systématiquement massacrées par le M23, un mouvement armé instrumentalisé, soutenu et nourri par le Rwanda voisin.
Le récent rapport de Human Rights Watch vient confirmer, une fois de plus, l’ampleur des crimes commis. Plus de 140 civils exécutés en juillet dernier dans le territoire de Rutshuru, aux abords du parc des Virunga, parfois par groupes entiers alignés puis abattus. Les survivants parlent de scènes d’horreur que même les mots peinent à décrire. Et pourtant, ce n’est pas la première fois : Kishishe, Goma, Rutshuru, Bunagana… la liste macabre s’allonge, dans une indifférence internationale qui glace le sang.
Il ne s’agit pas seulement de massacres isolés, mais d’une stratégie planifiée de terreur et de nettoyage visant à déstabiliser l’Est du Congo, à vider ses terres de leurs habitants légitimes et à asseoir l’emprise d’intérêts étrangers sur ses ressources. Les ethnies ciblées — Swahiliphones, Nande, Shi, Hutu et autres — payent le prix fort pour leur seule appartenance, leur enracinement au Kivu, leur refus de se soumettre.
Le silence qui entoure ces atrocités est tout aussi coupable que les balles du M23. Où sont les grandes capitales occidentales promptes à donner des leçons de droits humains ? Où sont les instances internationales qui devraient, au nom même de leur mandat, protéger les civils ? Le contraste entre l’indignation sélective ailleurs et le mutisme face aux massacres au Congo crie l’injustice.
Mais ce silence ne doit pas devenir résignation. Car l’histoire nous apprend qu’aucun peuple ne peut être rayé de la carte par la force des armes si sa mémoire et sa dignité demeurent vivantes. Les Congolais doivent se lever, d’abord par la conscience, ensuite par l’unité. La défense de l’intégrité territoriale n’est pas qu’une affaire des FARDC, elle est le devoir de tout citoyen.
Excellence Monsieur le Président de la République, vous avez été élu pour incarner la résistance et l’espérance de tout un peuple. Vous portez aujourd’hui la lourde responsabilité de traduire cette douleur en action, et de mobiliser la communauté nationale comme internationale autour d’un mot d’ordre clair : la fin de l’impunité. Nous votre peuple sommes fiers de ce que vous avez accompli et que vous accomplissez. Nous sommes derrière vous. Soyez en sûr.
En marge du dialogue direct de Doha, il est important que la justice agisse. Celle de Dieu et celle des Hommes. Nous devons exiger que le M23 et ses parrains répondent devant la justice internationale. Nous devons documenter chaque crime, nommer chaque victime, pour que nul n’ose un jour travestir la vérité. Mais surtout, nous devons maintenir l’actuelle diplomatie offensive, qui force le monde à regarder en face cette tragédie, et à y répondre.
Le Nord-Kivu saigne, mais il ne mourra pas. Car tant que les Congolais refusent de céder au découragement, tant qu’ils crient au monde la vérité de ce qu’ils vivent, l’espérance demeure.
Et cette espérance a un nom : la dignité congolaise.
